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Histoires Perses

Quelques anecdotes de voyages d'affaires en Iran pour la rélisation du contrat de la centrale thermique deTabriz.

 TABRIZ 1976 - 1994


 

La réalisation de cette affaire nous a tenu en haleine sur de longues années du fait de la guerre déclarée par l’Irak mais aussi par l’intervention d’un Ingénieur Conseil américain avec lequel nous avons du négocier de nombreuses options techniques en mission à Téhéran mais aussi à Jacksonville agglomération de la taille de Belfort posée près de Detroit, haut lieu de la construction automobile dans l’état du Michigan.

Je me souviens plus particulièrement d’une mission effectuée avec Henri Badet pour faire valider la résistance des tuyauteries d’eau de circulation (diamètre 2 mètres environ) enterrées et sujettes aux sollicitations erratiques d’un séisme de magnitude 3 ou 4 sur l’échelle de Richter. Nous avions « potassé » la littérature spécialisée et trouvé les formules applicables et H Badet avait établit une savante note de calculs qu’il nous fallait faire approuver par les ingénieurs spécialistes du consultant Commenwealth Associate International .

Nous entrâmes dans le vif du sujet dès la porte franchie  et qu’un grand mug de café relativement léger nous fût servi. Les 3 ingénieurs avaient aussi, de leur coté, fait leur propre calcul et bien évidemment ils ne trouvaient pas le même résultat que nous ; beaucoup plus pessimiste, il fallait augmenter sérieusement les épaisseurs ce qui aurait alourdi d’autant le coût de ces circuits.

Par chance, ils utilisaient la même formule de calcul, issue du même ouvrage que « la nôtre ».

Nous, nous étions pratiquement certains de notre résultat, ayant fait et refait le calcul dans l’avion.

Toutefois dès la première confrontation des étapes de calcul nos interlocuteurs utilisant les unités américaines, pieds, inches, livres nécéssitant des coefficients de conversion très élaborés étaient dans l’impossibilité de comprendre les nôtres, qui s’avéraient à leurs yeux beaucoup trop simples. Il fut donc décidé de refaire les calculs à partir d’une feuille blanche, ce que nous fîmes de notre côté en prenant bien soin de vérifier chaque résultat intermédiaire.

Nous attendions leur résultat lorsqu’ils déclarèrent que d’habitude c’est l’ordinateur qui faisait cela et qu’il nous fallait   les excuser pour le temps que cela prendrait.

Rendez-vous fut donc pris pour le lendemain matin.

La nuit fut courte car nous avions, une fois de plus repris la règle à calcul jusqu’à tard dans la soirée.

Après avoir pris le copieux breakfeast servi par l’hôtel, nous nous rendîmes chez CAI . Nos interlocuteurs étaient à pied d’œuvre, suffisamment  à l’aise pour nous laisser penser qu’ils avaient réussi leur calculs et qu’ils étaient prêts à en découdre avec nous, en tout bien, tout honneur naturellement..

En réalité, ils nous tendirent notre inévitable mug de café, avec une copie de notre note de calculs dont la première page arborait un magnifique tampon « APPROVED by CAI » . Il ne nous en fallait pas plus pour nous permettre de reprendre l’avion de Boston, le cœur léger avant de nous engouffrer sur le vol Boston Paris pour une nuit réparatrice.

 

 

Nous étions en février 1979 à Téhéran avec Jacques Paren pour discuter une nième fois de la conception des systèmes de traitement d’eau de la centrale. Il faut se souvenir que ces systèmes étaient assez complets et même sophistiqués car ils comportaient l’ensemble des cyclones de décarbonatation destinés à traiter l’eau d’appoint des tours de réfrigération avec son bâtiment de préparation de la chaux et son équipement de dessiccation de boues, un ensemble d’équipements d’osmose inverse, des chaînes de déminéralisation .

Nos discussions avec TAVANIR, le client son propre ingénieur conseil COMIRAN et le consultant américain CAI s’avéraient compliquées d’autant plus que nous devions faire valider les 5 ou 6 schémas de détail ( PID) de tous ces systèmes, ce qui allait nous permettre de finaliser les commandes des équipements. C’est finalement ce à quoi nous sommes parvenus le mardi soir, notre discussion ayant débuté le samedi matin , début de semaine pour nos interlocuteurs.

Le lendemain, notre avion était programmé pour 11 h et nous avions donc le temps suffisant pour régler nos formalités de départ et en premier lieu changer nos travellers chèques en dollars pour le check-out .

Le bureau de change était situé juste à coté du guichet de l’accueil.

J Paren contresigne ses TC et, reçoit rapidement la contrepartie en dollars.

Je contresigne les miens et les tends à l’agent de change qui, me regardant d’un bizarre, me les rend, un à un, me disant que les signatures et contresignatures n’étaient pas identiques. Effectivement, pour quelqu’un de tatillon elles n’étaient pas exactement supperposables.

Plus que surpris par cette réaction, je rejoins Jacques pour lui demander s’i, par hasard, il n’aurait pas suffisamment d’argent liquide pour régler nos deux chambres d’hôtel. Il était très affairé à vérifier le contenu de la liasse de billets qu’il avait reçus, me disant que l’agent avait fait une erreur en lui remettant une centaine de dollars en trop. Il s’apprêtait donc à retourner au guichet pour régulariser la situation. L’agent, que nous apercevions au travers de la vitre semblait, lui aussi , vivement préoccupé multipliant les allers et venues entre son bureau et le coffre. En fait il s’était rendu compte de son erreur et envisageait déjà les conséquences désastreuses pour sa carrière.

C’est alors que je proposai à Jacques de passer moi-même au guichet en présentant mes propres travellers. Comme par enchantement, mes signatures et contresignatures étaient devenues conformes et, sans discussion aucune, je recevais la contre partie, rectifiant ainsi l’erreur précédente.

 

Après avoir réglé nos chambres et sans plus attendre, nous prenions place dans un des taxis en file devant l’hôtel après y avoir enfourné nos bagages et le précieux rouleau de calques revêtus du fameux tampon « APPROVED ». Une courte négociation s’engagea alors pour clarifier le montant de la course, précaution d’usage à cette époque.

Arrivés à l’aéroport, nous réglons la course et procédons rapidement aux formalités d’embarquement et d’enregistrement des bagages. C’est alors que, l’un comme l’autre, nous réalisions avec stupeur que le rouleau manquait à l’appel. Dans la précipitation, il était resté

sur la plage arrière de la voiture. Nos tickets d’embarquement en mains, nous étions penauds et honteux d’avoir oublié notre sésame dans la voiture.

Nous n’avions manifestement plus le temps de refaire l’aller et retour aéroport-hôtel avant d’embarquer. Nous décidâmes alors de faire intervenir l’agent de la compagnie aérienne pour  intercepter le chauffeur à son retour à l’hôtel et, moyennant un prix de course motivant, de le faire revenir à l’aéroport.

C’est ainsi que, alors que nous arrivions au pied la passerelle de l’avion nous vîmes arriver à vive allure une voiture de service et en sortir un homme en uniforme qui agitait un rouleau cartonné, le précieux rouleau qui nous avait coûté tant de salive au cours des journées précédentes.

 

Cette affaire de Tabriz s’était déroulée sur une très longue période puisque le contrat avait été signé en 1976 pour la centrale complète à l’exception du groupe turboalternateur confié directement à Hitachi par Tavanir, le client. La guerre déclarée par l’Irak à l’Iran avait retardé la construction et nos équipes avaient du à plusieurs reprises quitté le chantier pour s’enfuir et franchir la frontière turque. Finalement, la réception des travaux avait pu être signée en 1985 ???? à l’exception du massif supportant le turboalternateur japonais suspecté de fissures qui «  mettaient en péril la pérennité de la machine ». Pour en finir avec ce litige, nous avions fait intervenir des experts qui confirmaient la bonne tenue de la fondation  mais que le client, soutenu par les japonais, persistait à contrer cherchant à obtenir un dédommagement substantiel. En Juin 1994, nous engagions une nième réunion à Téhéran avec l’appui de notre expert suisse Peter Stadelmann pour régler cette question.

Les techniciens du client , convoqués pour l’occasion, sortaient alors leur dernières cartes , annonçant qu’à l’occasion d’une révision de la machine, ils avaient remarqué qu’un des coussinets de l’arbre de l’excitatrice s’était affaissé de plusieurs centimètres. A force de lui faire répéter, tant le phénomène nous semblait tout à fait improbable, il s’était résigné à convertir les centimètres en millimètres, ce qui était encore en dehors de l’imaginable.

Tous ces efforts pour essayer de démontrer que le massif supportant la machine était bien malade.

Devant une telle mauvaise foi, je décidai de me rendre sur le site de la centrale pour constater moi-même l’état de ce massif.

Notre représentant à Téhéran me fournit le billet d’avion pour Tabriz ainsi que le nom d’une personne qui m’accueillerait à l’aéroport et me piloterait à la centrale, Faramazi G.

Faramazi environ 40 ans, parlait un anglais plus qu’approximatif, mais son amabilité compensait largement cet handicap.

Nous étions samedi en début d’après-midi et il me conduisit directement à la centrale qu’il connaissait comme sa poche, pour y avoir travaillé avec nos équipes lors du montage. Il n’avait d’ailleurs guère profité de cette longue période de contact avec nos monteurs pour acquérir les rudiments élémentaires de notre langue.

Je fis déjà un rapide passage autour des colonnes du massif, puis sur les passerelles qui me permettaient d’en observer les poutres principales et enfin sur la table pour me rendre compte de l’aspect du revêtement des carrelages. Rien de catastrophique, sinon quelques fissures en surface du béton, ce qui est assez courant dans ce type d’ouvrage.

Je demandai alors de rencontre l’équipe de maintenance que je voulais interviewer.

3 agents se trouvaient là et après les présentations d’usage et le thé je posais la question qui me tenait le plus à cœur, concernant l’affaissement de l’arbre de la machine de plusieurs millimètres. Ils éclatèrent de rire, tellement pour ces hommes de l’art, cela semblait plutôt relever de la farce que de leurs mesures.

Connaissant la date de la révision de la machine, à laquelle ces observations auraient été faites, je demandai à voir le rapport de contrôle qui consigne l’ensemble des opérations de révision des machines. Ce rapport était rangé dans une armoire dont le chef de centrale avait la clef et il ne serait là que le lendemain matin, dimanche.

Je décidai donc de revenir le lendemain mais avant de repartir je fis un jeu de photos pour illustrer mes observations.

Le lendemain, nous retrouvions nos techniciens et le chef de centrale ne tarda pas à arriver, accompagné d’une fillette, sa fille, âgée d’environ 8 ans. Il avait la clef de l’armoire et nos hommes commencèrent à examiner les dossiers …. Sans succès, un seul manquai … devinez lequel.

Midi approchait et l’avion de retour sur Téhéran était programmé pour la fin de l’après-midi . Nous nous arrêtâmes à une auberge proche de la centrale pour déjeuner. Le repas fut vite exécuté et mon guide me proposa alors de meubler l’après midi par une visite «  dans la montagne où il y avait des sœurs infirmières… » . Je n’ai pas bien compris ce qu’il voulait me montrer mais j’ai accepté.

La voiture prit alors la direction des contreforts du massif montagneux et s’engagea dans une série de virages sur une route dont le revêtement n’avait pas vu la moindre pelletée de graviers depuis des lustres.

Après une bonne demie-heure de route nous arrivâmes à un col au-dessus duquel était installée un immense panneau montrant des personnages amputés et annonçant « leprosery clinic : 3 Km ». Je compris alors la destination de notre petit périple et le sens à donner aux « sœurs infirmières ».

Nous redescendîmes la route sur l’autre versant de la montagne pour bientôt trouver un peu de verdure, puis quelques jardins et vergers.

Un contrôle de police à franchir et nous arrivions dans une sorte de petit village où les maisonnettes se succédaient dans la verdure où quelques chèvres et moutons restaient sous la garde des enfants.

Faramazi stoppa la voiture devant le portail d’une de ces habitations et nous vîmes arriver à notre rencontre plusieurs religieuses pour nous accueillir dans un mélange de joie et de déception. En réalité elles étaient un peu déçues car le consul de France à Tabriz avait annoncé sa visite.

Les présentations faites, Sœur Guiseppina, nous donna force détails sur le fonctionnement de cette léproserie gérée par cette petite communauté de 6 religieuses originaires de France, Italie, Autriche, Belgique assistées d’un prêtre français, absent ce jour-là. En bref, les autorités iraniennes, leur avaient donné en concession toute une vallée et quelques maisons pour y accueillir et soigner les lépreux de cette région. Le soin de cette maladie était très simple et efficace pour autant que le malade prenne pendant quelques jours le remède adéquate . Toutefois, comme les malades ne se déclaraient que tardivement, on ne pouvait pas éviter la perte de membres complets ou en partie. Aussi les malades, même guéris n’avaient de cesse que de rester vivre dans ce village dont l’emprise remontait progressivement dans la vallée. Ils cultivaient alors des légumes, élevaient des moutons et des chèvres, exerçaient quelques métiers d’artisanat pour y vivre dans une certaine autarcie.

Dès qu’elles apprirent que leur visiteur était un « Alsthom », une certaine excitation parcouru leur petit groupe et l’une d’elle couru chercher un album de photos car elles étaient bien connues des monteurs de la centrale qui, à leur moments perdus venaient passer quelques heures au frais chez leurs copines religieuses.

Je ne me souviens plus des noms de mes anciens collègues ayant fréquenté ce havre de paix mais, elles étaient tout émues de reparler de leurs visites. Elles m’ont en particulier montré le réfrigérateur et bien d’autres objets qu’ils leur avaient apportés avant de quitter la base vie.

Nous n’avons pas vu le consul mais cette journée a marqué pour longtemps l’histoire de mes différents séjours en Iran.

Quant aux fissures, leur cas a été réglé quelques mois plus tard , à l’amiable.

 
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© 2006 Claude Bolard
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